BORDEAUX N’A PAS BRULE ! |
Le pont de Pierre à Bordeaux
Chacun de nous connaît le film de René Clément, « Paris brûle t-il ? » et le refus du gouverneur allemand, Von Choltiz de détruire Paris. Mais qui connaît l’action du sous-officier Heinz Stahlschmidt à Bordeaux.
Ce soldat est artificier démineur au sperwaffen kommando (génie maritime de la marine allemande), il coordonne l’activité des entrepôts A B C D du port de Bordeaux, où sont rangées les munitions et de ce fait dirige les dockers.
A compter de juillet 1943, le commandant du port (Kuhnemann) a élaboré un plan destiné à miner les installations portuaires et les quais de Bordeaux.
Dès mars 1944, Heinz Stahlschmidt a pour mission de préparer le plan de sabotage qui prévoit une intervention tous les 50 m entre le cours du Médoc et les abattoirs. C’est 10 km de quai qui doivent être détruit.
L’armée allemande installe des munitions de récupération, dont des bombes de 800 kilos pour faire sauter le port.
Le jeune sous-officier doit réunir dans un bunker de la rue Raze plus de 4000 amorces, des munitions, des mèches et des détonateurs.
Ces munitions étaient stockées à Roque de Thau et à Saint Médard en Jalles.
L’explosion provoquerait la mort de 3000 Bordelais. Heinz Stahlschmidt refuse cette tuerie et en parle à un docker. Il faut des résistants capables de faire sauter le bunker afin de neutraliser la destruction du port.
La démarche échoue et le 22 août, il se retrouve seul, sans aucune aide. Seul face à sa conscience, face au dilemme Bordeaux ou son pays. Il choisit la destruction du bunker vers 20 heures, afin d’éviter la destruction du port de Bordeaux et la mort de 3000 Bordelais.
Pendant quelques heures, les troupes allemandes situées de chaque coté de la Garonne, pensant à une attaque de la résistance, se tirent dessus mutuellement. Dans la confusion qui va régner, Heinz part sur son vélo. Il est recherché par la gestapo et la police. Il trouve refuge chez Marceline Moga, une charcutière du cours de l’Yser, au siège des F.F.I..
Bordeaux est libéré le 28 août 1944 et par ce geste les dégâts sont limités.
Après cet épisode, Heinz Stahlschmidt met ses connaissances d’artificier au service du génie de la 18ème région militaire et procédera aux déminages d’engins de guerre, en devenant instructeur au centre de déminage de la Gironde.
Il deviendra Henri Salmide et passera sa carrière dans le corps des sapeurs pompiers de Bordeaux.
Il fût décoré de la médaille de la ville de Bordeaux le 19 mai 1995. Il reçu la Légion d’Honneur le 7 décembre 2000. Les personnalités politiques de la région n’étaient pas présentes ce jour là.
Cet homme a refusé la destruction d’une ville et la mort de milliers de personnes à 6 jours de la libération. Son geste lui a valu de vivre loin des siens. Il n’était plus allemand, il n’a jamais été français. Henri Salmide est décédé au début de l’année 2010 à l’âge de 91 ans.
Nota: Ce texte a été écrit suite à des articles de Sud-Ouest en 1993 et 1995. En lisant ces articles, j’ai été ému par le geste de cet homme et j’ai voulu en faire une synthèse. En 2010, le journaliste Erich Schaake a écrit l’histoire de Heinz Stahlschmidt (Henri Salmide) dans un livre paru au édition Michel Lafon avec le titre évocateur de « L’Allemand qui sauva Bordeaux par amour ». |