Les enseignements de l’incendie de Cestas du mois d’Août 1949

 

Pourquoi le feu a-t-il pris autant d’importance, le 19 Août 1949, dans la région de Saucats (Gironde)?

La réponse est peut-être dans le dialogue, qui a eu lieu au début de l’incendie, et qui est rapporté dans la revue le « feu », sous la plume du commandant Defrance :

«        A ce moment, le feu n’avait pas cent mètres de front. Il était environ 14h30. L’incendie n’avait pas plus d’une heure d’existence. Les vingt défenseurs qui se trouvaient là étaient armés de branches de pins et ne pouvaient évidemment rien faire. Sur place, se trouvaient déjà les deux voitures d’Hostens, une Citroën et une autre Jeep, équipée d’une citerne de 300 litres.

         En outre, les maires des deux communes étaient présents avec chacun une soixantaine d’hommes. On peut l’affirmer : à ce moment, se trouvaient réunis un matériel, un personnel et des conditions (le coupe-feu) suffisant pour arrêter le feu. Que se passa-t-il donc ?

         Il y avait deux maires, et le commandant Saldou. Que fit le commandant ?

         Il fit le tour du matériel qui dépendait de son autorité et dit à ses pompiers : « Défendez-vous, hein ! » Puis stoppa sa Jeep et attendit. J’osai lui demander, quelque peu étonné, ce qu’il allait faire. « Je ne peux rien faire, me répondit-il, les maires sont là, ils commandent » Et il ajouta entre ses dents : « Qu’ils se dépêchent, nom de Dieu !».

         Mais, seul, le feu ne perdait pas son temps, sa pointe n’était plus qu’à 1000 mètres du coupe-feu et il avançait à vive allure. Pendant ce temps, les deux maires, excellents hommes au visage angoissé, s’inquiétaient de savoir où ils allumeraient le coupe-feu. L’un le voulait plus à gauche et l’autre plus à droite. Mais à droite on risquait de brûler les scieries de M. M…, A gauche, on craignait d’être débordé par la route nationale, où il y avait les porcs de M. X…. Pendant ce temps, le feu avançait et les pompiers grognaient : « Personne ne nous commande ! » Les pompiers-forestiers, atterrés, venaient voir leur commandant : « Ils vont le laisser passer » disaient-ils. Enfin le contre-feu fut allumé à droite et à gauche en direction du centre. Le feu était à moins de 800 mètres. Quand toute la ligne fut allumée, il n’était plus qu’à 200 mètres. Les étincelles volaient déjà sur le pare-feu, la fumée était si dense que seul le commandant faisait encore la navette entre les deux autos. Deux motopompes se trouvaient au milieu, la lance en batterie. Les servants, le visage recouvert d’un mouchoir, disparaissaient déjà dans la fumée : « Commandant, il passera ! » disait l’un deux sous son mouchoir. « Défendez-vous les petits ! » ne put que répéter le commandant.

         Et, naturellement, « il » passa. Dès qu’on le vit allumer la lande de l’autre côté, le commandant y dépêcha une des  autopompes et une dizaine d’hommes empilés sur sa Jeep et munis de sulfateuses. Opération pénible au milieu d’une terrible fumée et périlleuse, car, dorénavant, l’encerclement pouvait être rapide. Les hommes éteignirent les premiers foyers. Mais bientôt, le feu sauta en deux points à gauche. C’était fini désormais. La ligne de défense n’avait pas tenue. Trop de discussion avaient interdit d’allumer à temps le contre-feu. Il était près de 18 heures. »

 

Une autre partie de l’article expose un ensemble de motifs qui ont conduit à cette catastrophe:

Un ensemble de reproches peuvent être fait :

 

         - Au Ministère de l’Intérieur n’a pas sut imposer au Ministère de l’Agriculture, la réalisation d’un programme de débroussaillement, voie de communication, pare-feux,  absence de zones vivières autour des villages, suppression des troupeaux d’ovidés et surtout défaut de points d’eau.

         - Aux Pouvoirs Publics de n’avoir pas pris en compte les nombreux avertissements du capitaine Dussaucy, (inspecteur général adjoint de la Protection Civile) qui dans de nombreux rapports particulièrement clairvoyants les à mis en garde au sujet de la forêt landaise.

         - Aux Pouvoirs Publics, par la restriction des crédits, qui portent une part importante dans le cataclysme

         - Aux Pouvoirs Publics qui permet le concours de l’Armée, dans le seul cas de désastre national. (les hommes ont fait de leur mieux, le chiffre des morts l’atteste, mais ils n’avaient pas d’encadrement)

         - Au législateur, de n’avoir pas tenu compte de l’avis de la Protection Civile (maintes fois réitéré) qui disait que la lutte contre l’incendie devait être unifiée

         - Au parlement, qui n’a pas voté une loi sur la protection des populations civiles en donnant à l’autorité civile les pouvoirs exceptionnels pour les grandes circonstances. (ceci après les désastres de la guerre).

         - A La loi du 26/03/1924 laissant aux municipalités et associations forestières le pouvoir de décision en matière de prévention et d’extinction des incendies de forêts.

         - A l’opposition tenace qui existait entre propriétaires et pompiers forestiers. depuis la création des associations forestières.

         - Aux municipalités forestières, souvent pauvres qui étaient tenues de payer, dans les Landes, les frais énormes que coûte un appel au secours extérieurs ?

         - A certains maires du Bordelais qui ont hésité pendant 2 jours à lancer un S.O.S.

         - Au système communal dépassé mais dont le système national n’était pas encore au point

         - Aux querelles sur les moyens d’organiser cette lutte.

         - Aux sauveteurs locaux qui ont agit souvent dans leurs seuls intérêts en allumant des contre-feux au petit bonheur.

         - Aux forestiers et les autorités locales d’avoir agit avec trop d’individualisme.

         - Aux consignes données par les services de protections civiles qui n’ont pas toujours été suivies.

         - A la technique locale du contre-feu, qui porte vraisemblablement la responsabilité de la mort des 82 personnes par encerclement. Cette technique a choqué les sapeurs pompiers parisiens et le colonel Maruelle a du en interdire l’emploi.

D’ailleurs dans l’article du commandant Defrance, il relate l’exposé technique sur les causes de l’incendie de l’inspecteur général des eaux et Forêts Gatheron qui explique que les contre-feux allumés par les forestiers ont fait explosé la forêt.  Et sous l’action de la chaleur, l’atmosphère gazeuse créée par l’évaporation des essences sylvestre avec les particules de charbon ont provoquée une réaction exothermique.

Ce point de vue semble être confirmé par les déclarations de plusieurs rescapés qui déclarent que les morts sont morts par une chaleur immense qui leurs auraient brûlé les voies respiratoires.

 

Pour éviter cette catastrophe, il aurait fallu :

         - Doter les régions forestières du matériel nécessaire pour faire revenir les résiniers sur leurs préjugés.

         - Equiper les pompiers de petits véhicules sur chenilles porteurs d’eau et éviter les gros engins qui restent bloqué à l’orée de la forêt. Ces derniers sont utiles pour la sauvegarde des villages.

         - Equiper les sapeurs pompiers de motopompes.

         - Mettre le matériel en adéquation avec l’importance du sinistre.

         - Mettre en place des tuyaux pour amener l’eau au bon endroit. Les citernes, si elles ont fait un bon travail lors de l’incendie, ont obligé parfois les sauveteurs à arrêter d’arroser par manque d’eau alors qu’ils avaient presque jugulé l’incendie.

         - Augmenter le rôle prépondérant de l’aviation dans la reconnaissance du sinistre, elle aurait pu empêcher les contre-feux et l’encerclement des victimes.

         - Augmenter la recherche dans la chimie, qui pourra aider les sauveteurs avec des produits extincteurs (cf. pluie artificielle lors de l’incendie)

         - Faire appliquer la réglementation en appliquant de lourdes amendes aux propriétaires forestiers qui mettent les populations en périls par leur négligence.

         - Utiliser les bulldozers pour faire des pare-feux afin de limiter la propagation du feu et amener les secours.

         - Que le préfet de la Gironde et son agent, le commandant Saldou, aient les pouvoirs de mettre en place au début de la saison les moyens en matériels et les effectifs (environ 500), par mesures de précaution, plutôt que d’être obligé un mois plus tard de mobiliser 10 000 soldats pour combattre un incendie dévastant toute une région.    

         - Ecouter la Protection Civile du ministère de l’Intérieur qui proposait déjà depuis un certains temps de prélever environ 15 000 soldats pour les former et crée ainsi la « Protection Civile ». Ce projet avait été trouvé ridicule en haut lieu.

         - Ecouter les services de la Protection Civile qui n’avaient pas ménagé les avertissements mais qui ne possédaient pas l’autorité pour mettre en place le lourd dispositif préventif de sécurité.

         - Le ministère de l’Intérieur agisse sagement en acceptant d’utiliser en Gascogne les colonnes départementale de volontaires qui auraient pu se constituer rapidement sous l’égide des Sapeurs pompiers, comme son comité directeur l’avait proposé et de ce fait le commandant Saldou aurait eu ainsi sous la main au début de l’incendie un personnel plus qualifié que celui fourni par les militaires.

         - Que l’information spéciale du ministère de l’Intérieur qui assurait la gratuité des secours parviennent plus rapidement aux maires afin qu’ils fassent appel au secours extérieurs.

         - Que les parlementaires se décident à voter une loi qui permettrait de rassembler sous un commandement unique les techniciens et fonctionnaires aptes à prévoir les grandes calamités et à prendre les décisions qu’elles rendent nécessaires. Que le parlement donne le pouvoir à la Protection Civile les moyens d’une meilleure rationalisation et d’organiser la coordination dans la lutte contre le feu en général. Cela aurait évité les divergences de vues qui se sont opposées lors de l’incendie de la forêt de Gascogne et sans doute limité cette catastrophe.

 

Conclusion:

Je crois pouvoir affirmer qu’il a fallu l’incendie de la forêt de Gascogne pour que tous les avertissements du Capitaine Dussaucy soient pris en compte.

A mon sens, il est le créateur des Sapeurs-Pompiers et de la Protection Civile comme ils sont connus actuellement.

J’espère simplement que cela dure encore longtemps et que l’on ne revienne pas en arrière au nom de la rentabilité.